Philipp Bagus | MONDE |

« It’s the morality, stupid! » : comment Javier Milei a pris le pouvoir 

Si l’actuel président argentin a rencontré tant de succès, c’est qu’il a su incarner la rencontre entre la formation intellectuelle de l’école autrichienne, une stratégie d’insurrection culturelle et une défense du capitalisme comme système de valeurs.  

L’irruption de Javier Milei au sommet de l’État argentin dépasse le simple remaniement politique : elle marque l’avènement démocratique d’une école de pensée longtemps tenue à l’écart. Réduire cette victoire à un vote de contestation ou à un habile calcul électoral serait une erreur. Ce triomphe est l’aboutissement d’une réflexion théorique profonde, d’un renversement des valeurs et d’un engagement implacable dans une bataille culturelle qui semblait depuis longtemps réglée en faveur de l’étatisme progressiste.

Saisir le phénomène Milei exige de remonter à sa source intellectuelle : l’école autrichienne d’économie. Il faut ensuite mesurer le poids de l’hégémonie de l’étatisme progressiste qu’il a choisi d’affronter. Enfin, il faut comprendre comment il a su forger, à partir de cette doctrine, une contre-offensive morale capable de soulever les foules.

Là où tant de dirigeants politiques cèdent à l’opportunisme et voient leurs convictions fluctuer au gré du vent, Javier Milei s’appuie sur une discipline intellectuelle implacable. Nourri aux écrits des économistes Ludwig von Mises, Friedrich Hayek, Murray Rothbard et Jesús Huerta de Soto, il a puisé dans ces œuvres la matrice même de son programme politique et la cohérence de sa pensée.

De Mises, Milei a retenu l’approche dite « praxéologique » : l’intuition que l’économie n’est autre que l’étude des choix et actions délibérés des individus. L’économie de marché n’est pas une machine abstraite faite d’agrégats statistiques, mais un processus vivant de coordination volontaire. Dans cette perspective, l’inflation, mal endémique de l’Argentine, doit être comprise comme un phénomène qui fausse

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