NOTRE
MANIFESTE
Si le “malaise français” ne date pas d’hier, il atteint aujourd’hui son paroxysme. Politique, économique, moral même, il révèle une Nation qui ne sait plus d’où elle vient ni ne sait où elle va. Bien naturellement, chacune des chapelles politiques et intellectuelles de notre pays considère être la mieux placée pour sauver la France. Nous ne faisons pas exception à la règle : nous estimons que la voie que nous défendons s’avère la plus capable de relever notre pays. Mais nous avons, à la différence des autres, le sentiment général de notre côté, puisque notre pays penche aujourd’hui à Droite, et que les Français expriment une double aspiration à l’ordre et à la liberté. Seulement, ceux qui veulent défendre la liberté et ceux qui réclament l’ordre ne se trouvent plus dans le même camp, contraignant de nombreux Français à choisir l’un ou l’autre, alors qu’ils souhaiteraient l’alliance des deux. C’est la pertinence intellectuelle et politique de cette alliance que nous souhaitons, dans Civilisation, illustrer et défendre.
Nos adversaires sont les trois grandes propositions qui dominent la vie politique contemporaine : le Socialisme, l’Ordre illibéral et le Cercle de la Raison. Posons-le d’emblée, nous n’avons guère de respect pour les idées socialistes, dont la seule ambition semble consister à contraindre les forces productives sans pour autant les protéger. Tous les moyens sont bons, toujours, pour poursuivre une illusoire égalité des conditions matérielles qui aboutit immanquablement au nivellement par le bas, et ce, toujours, au détriment des gens ordinaires. Le Socialisme n’est que le cache-misère de l’envie et l’antichambre de la ruine. Comme le disait pertinemment Margaret Thatcher, “le problème avec le socialisme, c’est qu’on finit toujours par avoir dépensé tout l’argent des autres”.
Il n’y a pas de liberté sans souveraineté, mais il n’y en a pas non plus sans responsabilité.
Nous ne sommes pas convaincus, non plus, par l’Ordre illibéral, qu’on appelle aussi le Populisme. Nous ne méprisons pas les populistes, car nous considérons leur critique de l’immigration incontrôlée comme le signe d’un sain attachement à la liberté d’une Nation à disposer d’elle-même. La liberté exige la souveraineté, aussi bien individuelle que politique. Mais nous rejetons la distinction manichéenne que le populisme établit entre un peuple par nature vertueux et des élites forcément corrompues, interprétation qui permet de nous exonérer collectivement – car l’élite, c’est toujours l’autre – de toute responsabilité dans la situation de la France. Certes, il n’y a pas de liberté sans souveraineté, mais il n’y en a pas non plus sans responsabilité.
En réalité, l’attachement du Populisme à la liberté reste pour le moins ténu. En témoignent notamment son indifférence notoire à l’égard de la solidité des contre-pouvoirs politiques, des libertés individuelles et économiques, et de la politique agressive de la Russie. Il est tout de même frappant que ceux qui estiment notre Nation menacée par l’étranger se trouvent soudain muets quand il s’agit de défendre une nation occidentale réellement menacée d’extinction.
Le Cercle de la Raison, autrement dit le macronisme, manifeste une tare inverse, peu soucieux qu’il est, manifestement, de la continuité historique de la France. En l’espèce, si le macronisme a pu donner l’impression qu’il voulait défendre l’ordre et la liberté, il n’a réalisé ni l’un ni l’autre, en raison de sa dépendance envers la bureaucratie d’Etat et de son dédain pour les attachements “irrationnels” des gens ordinaires. En vérité, le Cercle de la Raison, avec le temps, a accouché d’un étrange alliage de propositions liberticides et libertaires. Le règne de la Raison s’avère parfois bien peu raisonnable…
Nous ne voyons pas de contradiction entre l’ordre et la liberté, l’attachement et l’autonomie, la société et l’individu, l’enracinement et l’émancipation, l’appartenance nationale et l’ouverture au monde, la tradition et l’innovation, l’ancien et le nouveau.
“La liberté, pour quoi faire ?” – telle est la question que nos trois adversaires semblent poser. Nous ne nous la posons guère, et reprenons à notre compte les propos lumineux de Georges Bernanos, qui, rappelant que la paternité de cette question revenait à Lénine, considérait qu’”elle exprim[ait], avec un éclat et comme une lucidité terrible, cette espèce de désaffection cynique pour la liberté qui a déjà corrompu tant de consciences.” Il poursuivait : “La pire menace pour la liberté n’est pas qu’on se la laisse prendre – car qui se l’est laissé prendre peut toujours la reconquérir –, c’est qu’on désapprenne de l’aimer, ou qu’on ne la comprenne plus.”
Nous refusons que la France emprunte ce chemin. Cependant, nous devons être précis sur le sens que nous donnons à la liberté : nous ne défendons pas une notion abstraite, mais un héritage historique – autrement dit, la liberté est le fruit de notre civilisation. Ainsi comprise, elle dépend d’institutions politiques et morales qui lui préexistent, l’encadrent et la limitent, et qui, partant, ne s’avèrent pas toujours “libérales”. Elle est autant le produit des Lumières que du christianisme, quelles que soient les tensions qui puissent exister entre eux. Elle ne signifie pas l’émancipation “de” la culture commune, mais “grâce à” elle.
Aussi, nous ne pensons pas, comme certains libéraux, qu’il faille ignorer, cesser de cultiver, ou pire, se débarrasser du terreau fertile qui a permis à ce fruit exceptionnel de pousser. La vraie liberté dépend d’une culture qui la sous-tend, la dépasse, et parfois même la contredit. Cessez de cultiver ce terreau, et son fruit finira par mourir. Mais nous ne pensons pas non plus, comme certains conservateurs, que l’homme peut se contenter de son sort, et accepter, par exemple, de se soumettre à un pouvoir arbitraire, sous prétexte que la raison d’Etat – autrement dit, celle du plus fort – devrait toujours l’emporter. L’Homme contient en lui une aspiration instinctive et inépuisable à la liberté. La méconnaître, c’est l’empêcher d’être en acte ce qu’il est en puissance.
C’est pourquoi, en définitive, nous ne voyons pas de contradiction entre l’ordre et la liberté, l’attachement et l’autonomie, la société et l’individu, l’enracinement et l’émancipation, l’appartenance nationale et l’ouverture au monde, la tradition et l’innovation, l’ancien et le nouveau, et que nous considérons le premier terme de chaque paire comme une des conditions de possibilité du second.
“Réveiller le monde libre”, c’est nous réveiller nous-mêmes du long sommeil dans lequel l’illusion de la fin de l’histoire nous a plongés.
Civilisation rassemblera les libéraux et les conservateurs qui s’entendent sur ce point de départ. Nous ne nions pas qu’il existe des désaccords entre ces deux familles, ni que chacune d’elles comporte des courants distincts. Notre revue, bien entendu, y accordera une place. Cependant, si nous considérons que certaines de ces divergences sont fructueuses, source de réflexion et de remise en question, nous estimons que les autres, secondaires, doivent être mises de côté.
Pendant la guerre froide, une alliance de cette sorte s’est établie entre libéraux et conservateurs face au communisme. Rompue par la chute de l’URSS, elle a laissé place à une division stérile entre ceux qui espéraient le dépassement de la Nation pour libérer les individus, et ceux qui voyaient dans la protection offerte par celle-ci la condition de leur liberté. Ce conflit perdure, plus âpre que jamais. Nous pensons qu’il est grand temps d’y mettre fin, en reconnaissant que, face à nos adversaires et ennemis politiques à l’intérieur comme à l’extérieur, ce qui nous rapproche doit l’emporter sur ce qui nous divise. “Réveiller le monde libre”, c’est donc à la fois défendre la liberté en France et à l’étranger, et nous réveiller nous-mêmes du long sommeil dans lequel l’illusion de la fin de l’histoire nous a plongés.
Soutenez-nous !
Choisissez parmi nos 3 offres d’abonnement
Abonnement
mensuel
mensuel
Abonnement
annuel
annuel
Abonnement
à vie
4 revues papier par an
Invitations exclusives
RESTEZ INFORMÉS
Inscrivez-vous pour suivre
chaque étape de notre lancement.